La Psychanalyse: la parole qui soigne.


La psychanalyse a réintroduit au début du 20ème siècle l’idée que la parole pouvait être curative, c’est-à-dire qu’elle pouvait soigner la personne. Une patiente de Freud inventera l’expression de talking cure, cure par la parole. Mais déjà dans l’antiquité la philosophie portait cette même idée : le therapon en Grèce était tout à la fois le serviteur qui prend soin et qui rend le culte dans la maison. Il devint par extension celui qui prend soin de l’âme. Le premier des thérapeutes c’est Socrate car dans l’exercice de la dialectique, la discussion socratique des livres de Platon, il vise à faire venir son interlocuteur à la vérité. La vérité que chaque homme en tant qu’esprit a contemplée, rencontrée autrefois, et qu’il a oubliée en prenant un corps. Ainsi la philosophie soigne l’âme.

La psychanalyse soigne l’âme, elle est donc héritière des écoles philosophiques antiques. Ce qui lui est propre c’est de s’attacher au refoulement des affects et à l’inconscient : le patient, celui qui consulte, cherche avec l’aide du thérapeute l’accès à des émotions enfouies, tente de les formuler et ainsi les ramène à la conscience en leur donnant du sens.

Le grand stéréotype de la psychanalyse est l’image du divan où le patient est allongé et derrrière lui, assis, Freud invisible et silencieux. La parole est-elle celle du consultant ou du thérapeute alors ?

Pour ma part je reçois en face à face le patient et je prends la parole dés que je l’estime possible ou nécessaire. Car l’efficacité thérapeutique de la parole est double. Le patient doit prendre conscience des effets douloureux qui l’habitent, en passant par des ressentis, des sensations. Mais plus encore il doit les mettre en mots pour les faire entrer dans le langage et l’échange. L’efficacité suppose pour cela qu’il s’adresse à un autre qui puisse l’accueillir sans jugement et l’aider à remettre en jeu dans la vie ce qui en a été retiré par le refoulement.

Il y a l’autre côté, celui du thérapeute. L’expérience montre qu’il a le pouvoir par sa parole de saisir quelque chose de la problématique du consultant. Il peut d’une part expliquer une situation conflictuelle, douloureuse, angoissante en la reprenant à partir d’exemples qu’il a pu rencontrer ou plus profondément en s’appuyant sur la connaissance des mythes. J’utilise tout particulièrement la mythologie grecque. Le thérapeute peut aussi, hors de toute recette et de tout savoir préétabli, livresque ou universitaire, délivrer une remarque qui brutalement sera entendue par le patient comme une vérité radicale, un éclair puissant sur un pan de sa vie. La remarque qui peut ne tenir qu’à un mot précis utilisé à ce moment là ébranle, libère, éveille et apporte sens à ce qui résistait ou paraissait incompréhensible au consultant.

 

En fait si la parole peut autant délivrer c’est qu’elle a la capacité remarquable d’exprimer les émotions. Les animaux ont, tout comme nous, des émotions : la peur est peut-être la plus évidente. Quand je fais de l’équitation c’est une situation qui se répète où le cheval inquiet se redresse prêt à fuir. Comme l’instinct le lui commande. Le cavalier par des mots ou des caresses peut le rassurer. L’enfant lui ne peut pas s’échapper, c’est donc la mère qui avec douceur, tendresse, explications le calmera. S’il n’a rien pour symboliser sa peur, la rendre acceptable, il la fuira en la refoulant. Et justement elle restera là, enfouie, et engendrera plus tard des symptômes bizarres. La peur s’exprimera par son corps : phobies, refus, échecs répétés, angoisse incompréhensible l’étreindront. Il sera torturé de l’intérieur en quelque sorte. Le but du thérapeute est de l’aider à retrouver l’émotion, son origine, le contexte, l’atmosphère du lieu et du moment pour les mettre devant soi par la parole ou par l’écriture. Cela lui permettra à la fois de re-éprouver pleinement l’émotion et de s’en séparer et de s’en distinguer : «  je ne suis pas ma peur, ma phobie, mon échec… ».

Mais il y a une composante supplémentaire déterminante. Il faut de la réciprocité dans l’échange, qu’il y ait de l’autre, donc du collectif, et c’est le psychanalyste qui est là, présent, pour en témoigner. « Vous n’êtes pas seul, au nom de tous je vous entends ».

A partir de là le patient pourra élaborer, c’est à dire réfléchir et donner du sens à ce vécu douloureux et ainsi l’intégrer dans une existence. Cela entraine parfois de stupéfiantes transformations, salutaires et libératrices. Et le sentiment d’une existence plus pleine et ouverte.

La parole entraine parfois d’étonnantes transformations libératrices.
Et le sentiment d’une existence plus pleine et ouverte.